S.1 – Episode 7 – Frustration et rêves érotiques

Résumé de l’épisode précédent : Norma croise Jonathan et lui demande de la ramener. Elle monte dans sa voiture. En route, elle a une altercation avec un autre automobiliste qui a été insultant. Elle se souvient comment ses accès de violence ont commencé : elle a donné un coup de coude à une passante qui lui fonçait dessus. Pour lire l’épisode précédent

Frustration et rêves érotiques

Courtoise - illustration - S1 E7

          Frustration et rêves érotiques. C’est le lot de Marie en ce moment. Et de Chloé aussi. Elles aiment plaisanter ensemble à ce sujet. Norma est obligée de le reconnaître, ses quelques parties de jambes en l’air avec des types qu’elle connaît à peine sont loin de chasser la frustration.
          Au moins, hier soir, a-t-elle eu la bonne idée d’en choisir un qui habite à deux pas de son appartement. Elle a pu rentrer juste après et se doucher chez elle. Se laver dans la salle de bain de l’autre, lui paraît le comble de l’intimité. Elle peut baiser pendant des heures avec le type, sans avoir l’impression de partager quoi que ce soit. Mais se mouvoir dans son bac de douche, la plupart du temps pas très net – à part quand le gars se paie les services d’une femme de ménage, ou qu’il est maniaque – c’est très intimidant.
          Elle ne ramène jamais ses coups d’un soir chez elle. Elle est un peu parano – non, ce n’est pas incompatible avec le fait de suivre de parfaits inconnus. Elle ne donne jamais son adresse, ni son vrai numéro de téléphone. Mais la plupart du temps, le mec ne le demande même pas.
          Chloé lui vante l’efficacité des nouvelles applications de drague sur mobile. Mais même ça, ça lui paraît trop engageant. Et internet trop fastidieux. L’alcool dispense de conversation et tous les lieux où on peut en consommer valent mille fois les sites de rencontres, selon elle.
          Quant aux songes érotiques… Elle aimerait dire que Jonathan y tient toujours le premier rôle… De cette manière elle aurait l’impression de passer un peu de temps avec lui. Mais en vérité l’étalon de ses rêves est composite et sans identité. L’homme idéal.
          En parlant du loup… Jonathan, pas l’idéal. Il faut qu’elle réponde au message qu’il lui a envoyé ce matin :

S1 -E7

Elle tapote un :

                                      S1 -E7 - 2

          Elle rentre chez elle d’un pas léger. Il fait beau et marcher vite lui fait du bien. Les gens sourient, elle croise son reflet dans le miroitement de leurs lunettes de soleil. Tout à coup, elle sursaute car un cycliste lancé à toute allure vient de la frôler.
          Elle a failli faire une crise cardiaque.
          Elle ne laisse rien paraître et continue à marcher. Elle déteste attirer l’attention. Le cycliste est déjà loin, il a disparu de son champ de vision. Si elle l’avait vu arriver avant, elle aurait pu le pousser de toutes ses forces quand il passait à son niveau. Il se serait éclaté sur la route. Les voitures auraient dû freiner fort pour ne pas l’écraser. Il se serait relevé, sonné, en regardant ses écorchures en sang…
          Son téléphone vibre et elle retrouve le sourire. Est-ce que Jonathan veut fixer un rdv ?
          Mais ce n’est pas une voix familière qui demande à lui parler. C’est un policier. Il lui annonce que le conducteur qui l’a renversée a été retrouvé. Il lui demande de passer au poste. Il la noie d’informations qu’elle ne veut pas entendre. Non, elle n’a pas du tout envie de venir. Elle ne veut pas porter plainte non plus. Il y a eu délit de fuite, c’est très grave. Oui, mais elle, elle veut oublier tout ça. Il insiste. Norma lui répond qu’elle essaiera de passer le lendemain. Elle raccroche et éteint son téléphone. Ce soir, personne ne la dérangera.
          Elle a besoin de se détendre.

          Elle s’est fait couler un bain, avec beaucoup de mousse. L’eau fumante diffuse une odeur relaxante. C’est la seule utilité qu’elle a trouvée aux huiles essentielles semées chez elle par sa mère à chaque fois qu’elle a un rhume ou mal quelque part… 5 ou 6 gouttes dans l’eau du bain.
          Elle s’est fait un bon plat de pâtes, avec beaucoup de parmesan. Elle s’est prise à rêver un instant qu’elle aurait pu le partager avec Jonathan, en se regardant dans les yeux… « Oh non qu’est-ce que tu peux être cucu la praloche ma pauvre fille. De toute façon, il n’aime rien de ce que tu cuisines. C’est toujours trop cuit, pas assez salé, ou beaucoup moins bon que la recette de sa mère… quand il ne parle pas d’une de ses ex. Est-ce que tu as remarqué que ses ex faisaient toujours mieux que toi ? Elles cuisinaient mieux, s’habillaient mieux, parlaient mieux et baisaient mieux. Youpi… il dit ça uniquement pour m’agacer. Et renforcer le sentiment d’insécurité…. Parce que c’est un pervers narcissique ! Oh merde, quand je suis lucide ça me fait encore plus mal ».
          Elle s’est installée devant la télé, avec beaucoup de vin. Elle a cherché un programme pour rire comme une bécasse. Mais, comme tous ces guignols ne la font définitivement pas rire, elle a éteint et elle a bouquiné. Et c’est comme ça qu’elle s’est endormie en piquant du nez sur son livre.

          Une question déchire son sommeil : elle n’a pas demandé au flic le nom du chauffard. Si c’était Jonathan, comme Alexandra le pense ? Depuis le début, Norma refuse de l’envisager mais elle aurait pu en avoir le cœur net…  « C’est ridicule, pourquoi il aurait fait ça ? Hier il m’a ramenée comme si de rien ét… Oh non merde, c’est sa spécialité faire comme si de rien ét…mais non, arrête, on dirait une mauvaise série policière. T’as trop bu… ».
          On frappe à la porte. Elle hésite à ouvrir, elle ne sait même pas quelle heure il est. Mais les coups sont insistants.
– Jonathan ?
– T’as changé d’avis ?
– De quoi ?
– Tu m’avais bien proposé qu’on se voit…
– Euh oui…
– Je t’ai réveillée, désolé… Bon, tu me laisses entrer.
          Jonathan s’installe dans le canapé. Il demande un truc à boire puis il lui balance qu’il a quelque chose d’important à lui dire… Que le gars qui l’a renversée en voiture et bien c’est lui. Il ne sait pas ce qu’il lui a pris, mais il l’a vue sur ce trottoir au loin et il lui a foncé dessus. Peut-être parce que ça fait un petit moment qu’il veut se débarrasser d’elle, enfin de leur histoire… Il étouffe. C’était débile. Une pulsion.
          Elle regarde ce type qu’elle a dans la peau lui expliquer tranquillement que la seule pulsion qu’elle peut lui inspirer c’est ça ! Lui rouler dessus ! La lampe sur la table à côté du canapé a un pied en métal qui pèse au moins 4 kg. Elle l’empoigne à deux mains, la lève et l’abat sur son crâne.
          Une fois.
          Deux fois.
          Trois fois.
          Le sang jaillit et tâche la belle jetée de canapé en ivoire que Déborah lui a offerte pour Noël. Elle ne pourra jamais la ravoir. Quel gâchis.

J’attends vos commentaires ! Pour lire l’épisode suivant

 – Merci à Biba, Cosmopolitan, Voque, Lui et Grazia de m’avoir fourni la matière pour mon illustration –
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