S.1 – Episode 6 – Allez, monte !

Résumé de l’épisode précédent : Un client de la librairie parle mal à Norma. En quittant le travail, elle fait un doigt d’honneur à un type qui mate les fesses des filles dans la rue. Elle raconte à Marie, sa meilleure amie, comment, prise d’un accès de violence, elle a abîmé la voiture de Jonathan un jour dans la rue. Pour lire l’épisode précédent

Allez, monte !

Courtoise - illustration - S1 E6

          – Allez, monte !
Norma se glisse sur le siège et claque la porte de la voiture qui démarre sur les chapeaux de roues. Elle aperçoit Yohan qui les regarde partir, l’air mauvais.
– Qu’est-ce qu’il a lui, à nous regarder comme ça ?
– Il est fou amoureux de moi. Il a les boules.
Elle pensait piquer un peu sa jalousie, juste un peu. Mais Jonathan éclate de rire et lâche :
– Et bien je te souhaite bien du plaisir.
Elle avait oublié que rien ne semble jamais l’atteindre et qu’il la prend toujours de haut.
          Il a déjà fait réparer le rétroviseur et la carrosserie est impeccable. Comme si rien ne s’était passé. Ce mec est vraiment très fort pour ça.
          C’est Norma qui a insisté pour qu’il la ramène chez elle. En sortant de la librairie, elle a aperçu sa voiture, sur le parking, juste en face. Il allait redémarrer, elle a juste eu le temps de taper à sa vitre et de lui dire un truc comme :
– Salut. Qu’est-ce que tu fais là ? Tu me ramènes chez moi ?
Il avait hésité en prenant sa moue « euh-je-sais-pas-ça-m’emmerde-un-peu-j’ai-autre-chose-à-faire ». Elle s’était peut-être entendue lui dire un :
– steupléééé
Un peu trop suppliant. Elle n’en était plus sûre… Non, mais vraiment est-ce qu’elle avait pu craquer au point de quasiment le supplier, accrochée à la portière ? Quelle cruche… Enfin maintenant elle y est, assise tout près de lui.
          Coincés tous les deux dans le même habitacle.
          Il faut qu’elle trouve quelque chose à dire, ça fait plusieurs minutes qu’ils roulent en silence.
– Pffff y a toujours des bouchons pour aller chez toi. Je vais être en retard.
– Ah, t’as un truc à faire…
– Ben ouais, j’avais pas prévu de jouer ton chauffeur.
Ça y est, il commence déjà à l’agacer.
– T’aurais pu monter chez moi sinon… un petit moment.
– Ouais, on verra.
« Il râle parce qu’il a autre chose à faire, et maintenant il me dit on verra. On sait jamais sur quel pied danser avec lui ». Ça rend Norma nerveuse.

           Il fait chaud, l’air est suffocant. Jonathan est retombé dans son mutisme. Les voitures sont au ralenti, parechocs contre parechocs. Certains conducteurs essaient par tous les moyens de gagner quelques places. Ils roulent au maximum sur la file d’à côté et se rabattent à la dernière minute. Un petit malin veut forcer le passage et Jonathan ne le laisse pas s’insérer.
– Nique ta mère !
Norma sursaute.
– Quoi ? Qu’est-ce qu’il a dit ?
Elle se penche par la vitre ouverte.
– Qu’est-ce que t’as dit, connard ?
– Ta gueule, poufiasse.
Norma voit rouge. Elle sort et se plante devant la voiture du type.
– Vas-y, répète ce que tu as dit.
– Pousse-toi.
– Tu veux pas répéter ? T’as honte ?
– Pousse-toi, je te dis.
Des klaxons commencent à retentir.
– Ré-pè-te !
À chaque syllabe, Norma donne un coup de sac à main sur le capot.
– Arrête !
– Per-sonne ne va ni-quer per-sonne ! Ni ma mère ! Ni la ti-enne !
Le type enclenche la marche arrière et s’enfuit dans le virage. La voiture de Jonathan n’a pas bougé, Norma remonte et claque la portière. Elle remet en place une mèche de cheveux.
– Qu’est-ce qui t’a pris ? T’aurais pu avoir des soucis.
– Tu serais venu me défendre quand même ? Des fois il faut savoir les remettre à leur place ces connards.
La voiture avance de quelques mètres et Jonathan éclate de rire.
– La gueule du mec. Mais surtout la gueule de sa copine à côté. Toi je te jure.
– Tous ces débiles qui roulent n’importe comment… je voudrais qu’ils meurent.
– T’es à cran quand même, non ?
– C’est peut-être un petit peu à cause de toi.
– Oh oh, on se calme. Moi, je te ramène gentiment chez toi. J’ai pas envie de me prendre un coup de sac à main.
Et il se remet à rire, en l’imitant :
– Ré-pè-te. Vas-y répète pour voir. Une hystérique… Tu m’étonnes qu’il ait pris la fuite. Si tu pouvais, tu te serais mise à cracher du feu.
Il rit de plus belle.

          Plus tard, Norma échange quelques messages avec Marie :

S1 -E6
          Mais elle n’ose pas expliquer à son amie de quelle manière. Comme l’autre jour, quand elle n’a pas dit la vérité. Le premier sursaut de violence ce n’était pas une rayure sur une voiture… Mais un coup de coude donné à une passante qui arrivait en face et qui l’avait frôlée d’un peu trop près. Merde à la fin ! Il fallait toujours qu’elle se pousse… dans la rue, sur les trottoirs, dans les couloirs ! Les gens qui arrivaient en face, même par brochettes de 3 ou 4, ne s’écartaient jamais d’un millimètre. Comme si elle était transparente, comme s’ils allaient passer au travers. C’était toujours à elle de se coller contre le mur, ou de faire un pas sur la route.
         Et là, elle en avait eu assez.
         Alors elle n’avait pas bougé, la fille non plus. Norma avait fait dépasser légèrement son coude et il était venu percuter les côtes. La fille avait encaissé le coup. Mais sur son visage, Norma avait pu lire un rictus de douleur. Elle en avait retiré de la satisfaction. Bien sûr la seconde d’après elle s’était sentie mortifiée. Mais quand même, bon sang, ça lui avait fait du bien !

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 – Merci à Biba, Cosmopolitan, Voque, Lui et Grazia de m’avoir fourni la matière pour mon illustration –
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