S.2 – Episode 3 – La gifle est puissante

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La gifle est puissante. Norma vacille et se rattrape au bord du canapé. Jonathan continue de crier. Elle n’a jamais perçu autant de colère dans sa voix. Il marche dans tous les sens. Il s’éloigne d’un ou deux pas puis fond sur elle, prêt à lever la main, et recule à nouveau. Norma sent que sa joue est en feu. Elle baisse la tête et ravale les sanglots qui montent. Elle ne voit que les chaussures de Jonathan qui foulent le tapis à toute vitesse. Elle s’assoit lentement sur le canapé. Puis, poussée par la rage, elle se redresse d’un coup :

– Barre-toi ! Sors de chez moi ! Va-t’en !

Jonathan s’approche d’elle, le regard sombre. Mais elle se lève et lui fait face. Le sang bat vite et fort dans ses tempes.

Tout ça, parce qu’elle l’a traité de menteur. Parce qu’une fois de plus, il a fait son numéro alors qu’ils dînaient avec quelques amis. En rentrant, elle a osé lui dire ce qu’elle pense : qu’il en fait trop, qu’il invente, qu’il modifie les faits… qu’il triche. Et que c’est pitoyable.

Ils se toisent. Jonathan ne dit rien et ne bouge plus. Norma serre les mâchoires et la douleur se fait plus forte, lui mordant la moitié du visage. Elle pousse Jonathan de toutes ses forces :

– Dehors !

Il vacille, surpris. Sans plus lui adresser un regard, il attrape ses affaires et quitte l’appartement.

                Après son départ, elle a pris une douche et passé un peu de pommade sur sa joue. Elle s’est mise au lit, transie de tristesse. Elle a hésité à vider le fond d’une bouteille…  Mais le visage bouffi de sa mère, puis la voix avinée de sa sœur lui ont traversé l’esprit… elle a fermé les yeux.

Impossible de dormir. Les voisins font la fête, comme souvent. Trop souvent. Et trop bruyamment. Se foutant du reste du monde. Du reste de l’immeuble, surtout. « Quelle bande de petits cons. Sans gêne… Y’en a qui bossent demain… Connards d’étudiants… Et puis cette musique de merde… Putain 2h38… ». Elle tourne et retourne dans son lit. Tord son oreiller. Tire les draps, les rejette. Tape contre le mur pour leur faire comprendre, en criant « Ça suffit maintenant, tout ce raffut ! ». Puis se trouve pitoyable et se traite de pauvre fille. Essaie de ne pas penser à sa joue qui la démange et à la noirceur du regard de Jonathan tout à l’heure. Une noirceur qui ressemblait à de la haine. Ne pas penser non plus à sa place vide dans le lit. Faire taire la voix qui dit « il-ne-reviendra-plus ». Ne pas se demander si une gifle, ça peut s’oublier.

« Le premier qui me touche, il ne me revoit plus jamais… Me suis toujours dit ça… Oh Norma !… T’es pas le genre de fille qui se fait avoir par ces trucs-là… Faut que je dorme… Tout ce boucan, j’en peux plus… Éteignez cette musique et fermez vos gueules, bordel ! … Toujours pareil… Seuls au monde… Je vous botterais le cul, moi ». Et elle s’imagine en train d’accomplir ce qu’elle n’ose jamais faire. Elle se voit sortir de l’appartement en pyjama et frapper à la porte de ces malpolis pour les mettre à l’amende. Elle s’entend leur gueuler dessus. Apaisée, elle s’endort en rêvant qu’elle leur donne une bonne leçon.

Le lendemain, elle se réveille en vrac. Un sévère mal de tête lui vrille le cerveau dès qu’elle ouvre les yeux. Elle a mal partout. Elle descend une cafetière complète et s’adresse à un Jonathan imaginaire pour oublier un instant qu’il n’est pas là : « Je t’en propose pas chéri, puisque t’as passé la nuit dehors et que t’as éteint ton putain de portable… De toutes façons, t’aimes pas mon café… T’es peut-être en train d’en boire un bon, un vrai, chez ta môman… Ou chez une pétasse, à qui tu défonceras la tronche un de ces quatre parce qu’elle aura osé te contredire. ».

Le mal de tête ne passe pas. Heureusement, la gifle n’a laissé aucune trace, pas besoin de camoufler ça sous trois couches de fond de teint. Et puis, pas besoin de se maquiller aujourd’hui. Même en vidant le tube d’anticernes, elle n’arrivera pas à cacher cette nuit de merde. Yohan va encore s’en donner à cœur joie. Et ça ne loupe pas ! Dès qu’elle le retrouve dans l’arrière-boutique, il commence :

– Et ben dis-donc, faut que t’arrêtes de faire des folies de ton corps. Tu lui as demandé de te laisser dormir un peu ? Parce que, lui, c’est peut-être un petit branleur qui peut roupiller jusqu’à midi, mais toi t’as un emploi et la clientèle…

Elle le gifle.

Elle vient de le gifler. Sèchement. Froidement. Sans une seconde d’hésitation. Elle sent des fourmis dans ses doigts. Et le bruit de l’impact résonne encore dans sa tête.

Il se tient face à elle. Il a à peine bougé quand il a encaissé. Aucune expression sur son visage… Si… flotte encore ce fantôme de sourire qu’il avait juste avant, en lui parlant…

Elle l’a giflé.

Par pure méchanceté. Elle pourrait dire que c’est parce qu’elle a mal dormi. Qu’il est agaçant avec ses petites remarques et sa jalousie déplacée. Qu’elle est triste aujourd’hui et qu’il remue le couteau dans la plaie. Elle pourrait même penser qu’elle se venge sur lui. Qu’elle lui fait payer le geste de Jonathan.

Mais la seule vérité, c’est qu’elle l’a giflé.

Dans l’arrière-boutique. Au milieu des étagères poussiéreuses. Entre de vieux bouquins remisés et le four micro-ondes qui déconne. Dans cette immonde lumière jaune. Par méchanceté.

Par pure méchanceté.

Yohan ne réagit pas.

Il aurait dû éviter cette gifle. Yohan ne s’est pas défendu. Yohan ne répliquera pas. Elle lui en veut. Elle s’en veut. Il s’en va. Il retourne dans le magasin.

« Pourquoi tu n’as pas réagi. Pauvre mec. On te frappe, tu te laisses faire. Tu es une merde. Je suis une merde.»

 

Suite au prochain épisode …

S.2 – Episode 2 – « Que fait-elle ? »

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« Que fait-elle ? »

Marie est en retard, comme d’habitude. Norma l’attend sur un banc, au soleil. Ce qui n’est pas désagréable. Elle a beau essayer d’anticiper les retards de sa meilleure amie, elle arrive systématiquement au point de rendez-vous avant elle.

La jeune femme regarde le flot des promeneurs… des familles, des couples, des solitaires. Un homme arrive, il avance en traînant les pieds. Et il lâche un gros mollard, à dix centimètres des orteils vernis de Norma, vulnérables dans leurs petites sandalettes ! Accompagné d’un raclement de gorge qui a de quoi donner la nausée. Elle sursaute de dégoût et ne peut réprimer un :
– Crache-moi dessus, je te dirai rien !

Le type s’arrête, se tourne vers elle, un peu bête. Norma lui adresse un regard noir, puis désigne des yeux la flaque de salive au bout de son pied.
– Norma ! Normaaaa !
Elle se tourne en direction de cette voix qui l’appelle.

C’est Marie qui lui fait signe, plusieurs mètres derrière. Norma lève la main pour la saluer, mais n’en oublie pas pour autant le dégueulasse qu’elle vient de prendre à partie. Quand ses yeux se posent à nouveau sur lui… il n’est plus là ! Il s’est éloigné de plusieurs pas, reparti sans demander son reste.

Les deux amies se sont installées en terrasse pour manger une salade. Norma n’a pas très faim et joue avec ses lunettes de soleil. Marie parle la bouche pleine :
– Tout à l’heure, dans le parc, t’étais encore en train de t’engrainer avec un gars ?
– Comment ça « encore » ?
– Ben en ce moment… Tu rentres dans le chou de tout le monde… Et je parle même pas de la bagarre que t’as déclenchée, l’autre fois, dans le bar.
– Que J’AI déclenchée ?
– Ouais, enfin… ça s’est mal fini quand même, cette histoire.
– Tu vas pas plaindre ce type ?
– J’aurais pas aimé être à sa place…
– Tu parles de l’état dans lequel on l’a retrouvé le lendemain ? Toi aussi, tu penses que ça a un lien avec la bagarre de la veille ?
– Je sais pas, mais…
– Quelqu’un nous a entendues parler. Quelqu’un nous a entendues dire que c’est tout ce qu’il méritait. Et cette personne a décidé de passer à l’action.
– Te fais pas des films.
– T’avoueras que c’est bizarre quand même, comme coïncidence ?
Norma boit une gorgée d’eau. Elle hésite à se lancer. Mais il faut qu’elle le dise à Marie :
– Je crois que c’est Yohan… Oui, je sais, c’est dingue. J’arrive pas à l’imaginer en train de faire un truc comme ça. Mais j’ai l’impression qu’il est mêlé à tout ça. Il m’a fait une réflexion, hier…

Elle est interrompue par l’arrivée d’Alexandra qui les rejoint à leur table en commandant un café.
– Salut les poulettes.
Elle est manifestement ivre. Marie pousse un soupir :
– T’es complètement déchirée. À 13h30… Qu’est-ce que tu fous ?
– Quoi ? Qu’est-ce que ça peut te faire ? Vous m’avez dit de vous rejoindre pour le café et maintenant que je suis là, t’es pas contente de me voir ?
Norma intervient :
– Alex, arrête de parler fort comme ça.
– Je parle normal.
Marie secoue la tête et lui dit tout bas :
– Ça commence à devenir lourd, tes petites habitudes éthyliques.
– Oh, c’est mon procès !
Marie continue :
– Alex, t’as un problème. Faut que tu te fasses aider.
– Mon problème, c’est que j’ai des copines de merde, visiblement.
– Je dis ça, justement parce que…
– Du genre à me faire la leçon sans se regarder, et à même pas défendre ma sœur quand elle se fait emmerder par un type !
Norma, mal à l’aise, essaie de temporiser en enchaînant :
– Ben justement, tiens. On était en train de parler du gars de l’autre fois, Carlos. Je crois que c’est Yohan qui l’a agressé pour me « venger », ou je ne sais quoi.
– Carlos…
Le garçon amène le café, en regardant Alexandra de travers. Marie tapote nerveusement ses couverts :
– Tu sais, le gars à qui tu t’en es pris ? Parce que t’étais complètement bourrée. Une fois de plus. Comme tous les soirs. Comme à chaque fois qu’on sort et qu’on doit veiller sur toi pour qu’il t’arrive rien.
Norma scrute sa meilleure amie sans comprendre :
– Marie… Pourquoi t’en rajoutes ? C’est pas…
– Parce que vous devenez franchement chiantes les frangines. Vous faites des histoires partout où vous passez. Faudrait apprendre à vous contrôler.
Alexandra lui assène un :
– Pétasse.
– Tu vois.
Norma se tourne vers sa sœur :
– Alex, commence pas.
Mais Alex lève encore la voix :
– Tu te prends pour qui ? Madame rentre de Londres et on n’est plus assez bien pour elle ?!
– Baisse d’un ton, tout le monde nous regarde.
– T’as honte de tes amies maintenant ? Fallait faire quoi alors, la dernière fois ? Répondre à ce Carlos : « Merci mon chou, tu m’excites » ?!
– Alex, t’es ridicule là.
– Il était en train d’emmerder ma sœur.
– Elle l’avait allumé toute la soirée, alors que ce mec puait le relou à des kilomètres. Tout ça est arrivé parce que vous étiez tous ivres. Lui autant que vous.
Alexandra se lève d’un bond, tous les muscles crispés :
– C’est pas une excuse ! Celui qui touche un cheveu de ma sœur, il a affaire à moi ! Je l’ai fait payer, le Carlos. Je l’ai retrouvé ! Et avec un ami à moi on s’est occupé de lui. Je lui ai fait ce qu’on avait dit ! Et encore, c’était trop clément… Mais tu l’aurais entendu crier de peur et supplier… J’ai pensé fort à toutes les nanas qu’il a dû terroriser dans sa vie. Vous vouliez savoir, et bien c’est moi ! C’est moi qui lui ai fait ça ! Je me laisse pas faire, moi.
Norma se lève à son tour et attrape sa sœur.
– Viens Alex. Je vais payer au comptoir et on s’en va.
– Vous partez comme ça. Norma, tu sais que…
– Non, Marie. Moi aussi, j’ai décidé de plus me laisser faire.

 

Suite au prochain épisode…

S.2 – Episode 1 – Il s’étouffe et crache.

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Il s’étouffe et crache.

Il fait couler un peu d’eau dans l’évier puis se retourne vers Norma qui l’interroge du regard.

– Ton café est vraiment dégueulasse.
Il a le don d’en faire toujours trop…
– J’ai cru que tu t’étais brûlé la langue.
– Ma mère t’a montré comment faire, c’est pas compliqué.
– Mais en fait non ! T’arrives encore à me parler de ta mère… J’aime pas faire le café avec ton truc, là. Je le fais toujours bouillir. La technologie est passée par là, depuis. Je préfère utiliser ma cafetière.
– Ben moi je trouve que ça fait du café merdique. Alors si tu veux me faire plaisir en préparant mon petit dej’ le matin, apprends à le faire comme j’aime.
– Comme ta mère !
Jonathan est déjà parti dans la chambre pour s’habiller.
– Et après je renverse la tasse pour lire l’avenir dans le marc, comme ta grand-mère ? Pour savoir si je vais bientôt me marier…
Il lui crie depuis la chambre :
– Ça, je peux te donner directement la réponse…
– Ou si je suis enceinte…
Jonathan se penche dans l’embrasure de la porte :
– … pas tant que tu sauras pas faire un café digne de ce nom.
Il a mis la chemise bleue qui lui va si bien. Il ajoute :
– Et pour le dernier truc, y a pas intérêt.

Elle ne veut pas d’enfant. Pas maintenant. Pas avec lui. Mais cette dernière réplique, et le ton qu’il a pris, lui laisse une petite entaille au cœur. Elle répond :
– Ou bien je vais peut-être lire dans le marc de café que tu vas bientôt mourir. Par strangulation !… Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
– Tu devrais pas faire ce genre de blagues Norma, alors que t’as été convoquée par la police y a seulement deux mois pour le meurtre d’un mec… Mort ÉTRANGLÉ , justement. Ferrarra, t’as oublié ?
– N’importe quoi. Je sais même pas pourquoi ils ont voulu m’interroger. Ce gars m’a renversée en voiture, ok. Mais je le connaissais pas.
– Ah… tu sais pas pourquoi la police t’a interrogée ?
– Ils aiment perdre leur temps, je crois. Ou le flic voulait me draguer…
– C’est pourtant évident, c’est à cause de ton ascendance !
– Hein ?
– Ils savent qui est ton père. T’y as jamais pensé ?
– Mon père n’a rien à voir dans cette affaire.
– T’en es bien sûre ?
– T’es pas drôle.
– Ou alors c’est moi.
Il s’approche d’elle et l’embrasse à la commissure des lèvres.
– Je supporte pas qu’on touche à toi, bébé.

Il lui donne un baiser passionné, en lui caressant les cheveux. Puis il part en claquant la porte de l’appartement.

 

 Ça fait presque deux mois que c’est devenu plus sérieux entre eux. Il ne fait plus le mort quand elle l’appelle. Il vient chez elle presque tous les soirs et il reste jusqu’au matin. II lui a présenté sa mère…  Aussi sérieux que possible, donc…

Deux mois… ça a commencé juste après l’assassinat de Ferrarra, à la vérité.

Mais Norma ne croit pas Jonathan quand il dit qu’il est impliqué dans l’histoire. Depuis qu’elle le fréquente d’un peu plus près, elle a remarqué qu’il avait une appréciation toute particulière du concept de vérité. Elle l’a surpris, bien des fois, en train de se faire mousser devant ses amis, déformant les récits de ses exploits, plus ou moins fictifs d’ailleurs. Elle a tout de suite trouvé ça un peu pathétique. Et elle a commencé, avec bonheur, à le mépriser. « Ça m’empêchera définitivement d’en tomber amoureuse » pense-t-elle, pleine de satisfaction. Bien sûr, il l’attire toujours autant. Il est beau, drôle parfois, et leur entente physique la comble. Et puis, elle l’a eu, ENFIN ! Il dort dans son lit. Il la présente comme sa compagne officielle. Il critique sa cuisine, « Quoique ça, il le faisait déjà avant… ». Et elle attendait ce moment, former un couple avec lui, pour de vrai, depuis si longtemps. Elle a placé tellement de choses dans cette attente. Tout un monde de rêves et de projets. Des heures de soupirs et de lamentations. Ça ne s’efface pas comme ça, les rêves et les lamentations.

 

– T’es encore en retard !

À peine a-t-elle poussé la porte de la librairie, que Yohan lui tombe dessus. Il a pris ce ton exaspéré qu’elle ne supporte pas.
– Bonjour quand même.
Il lui désigne une pile de cartons :
– On a été livré. Y a tout ça à rentrer et à mettre en rayons. Je compte pas me taper le boulot tout seul.
– Comme si je te laissais bosser seul.
– Depuis que tu vis avec ton prince charmant… ouais, un peu ! Beaucoup… Passionnément. Mais bon, c’est vrai que ça doit te prendre du temps de lui faire griller ses tartines, le matin…
« Allez, ça faisait longtemps ». Pas une journée sans qu’il ne lui fasse une petite réflexion sur Jonathan.
– Tiens d’ailleurs, on a reçu un bouquin qui pourrait t’intéresser.
Yohan lui présente un livre dont elle aperçoit le titre : « J’ai vécu avec un pervers narcissique ».
– Y a un chapitre intitulé « Se libérer de son emprise », page 119. Ça pourrait peut-être t’aider.
– Moi aussi j’en ai un pour toi.
Et elle lui colle sous le nez la couverture de : « Sortir du célibat : comment progresser rapidement ». Il lui sourit en lui lançant :
– Celui-là, je vais pas l’acheter, tu me prêteras ton exemplaire plutôt… Celui que t’as annoté… Vu que ça t’a réussi apparemment…
« 1-0. Ok, je ne réplique pas, je risque de m’enfoncer. Qu’est-ce qu’il peut m’agacer quand il me cherche… ». Norma préfère ouvrir un carton et elle commence à pointer son contenu. Mais Yohan n’a pas fini :
– Par contre, tu as dû sauter le chapitre 6 : « Évitez les latinos alcoolisés dans les bars ». Sous-titre : « Leur machisme agressif, héritage civilisationnel, pourrait bien vous indisposer aussi vite que leurs odeurs de sueur rance ».
Elle relève les yeux pour le dévisager. Mais Yohan lui a déjà tourné le dos et s’enfonce dans les profondeurs du magasin en ricanant. Il faisait référence à Carlos et à ce qui s’est passé il y a 2 mois, Norma en est sûre. Ce type qui l’avait traitée d’allumeuse et insultée, jusqu’à ce qu’Alex, sa sœur, s’en prenne à lui. Avec ses copines, elles avaient rêvé d’une bonne punition pour lui et le lendemain il avait été retrouvé ligoté à un réverbère, passé à tabac. Que venait faire Yohan dans tout ça… Elle avait cru l’apercevoir dans le bar lorsqu’elle dansait avec Carlos. Finalement, elle n’avait pas rêvé. Mais Yohan n’en a jamais parlé jusqu’à présent. Pourquoi tient-il maintenant à ce qu’elle le sache : il était sur place, ce soir-là…

Suite au prochain épisode…

A la découverte de la nouvelle web série littéraire « courtoise »

Quand une blogueuse littéraire parle de COURTOISE, ça fait plaisir ! Merci à Ma Lecture du moment

Ma lecture du moment

Bonjour à toutes et à tous,

Cette semaine, je ne vous parlerai pas d’une de mes lectures mais d’une découverte.

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S.1 – Episode 10 – Mais c’est dégueulasse !

Résumé de l’épisode précédent : Norma parle de la bagarre avec sa tante. Alexandra  a raconté à Déborah que le type les avait menacées de viol. Le soir, Norma  sort avec Jonathan au restaurant. Elle le ramène chez elle et ils font l’amour. Alors qu’il la croit endormie, il quitte discrètement l’appartement en pleine nuit. Pour lire l’épisode précédent

Mais c’est dégueulasse !

Courtoise - illustration - S1 E10

– Mais c’est dégueulasse !
– De quoi ?
Norma vient d’arriver chez sa sœur. Les filles sont vautrées dans le canapé. Marie sirote un coca et Chloé fait des grands gestes pour raconter son histoire.
– Tu sais le type avec qui t’as dansé ?
– Le relou de l’autre soir, qu’Alex a failli défigurer.
– Faut pas me chercher moi !  Et faut pas chercher ma sœur non plus.
– Hey calme-toi Rocky ! si on était pas intervenues, on le retrouvait aux urgences, le mec.
– Bon et alors ? le type ? Quoi ?
– Remarque, il a fini par y aller du coup…
– Le videur a raconté à Mélanie – tu sais, Mélanie… ma copine de fac.
– Ouais…
– Que le matin, le lendemain de notre embrouille, le type… Carlos c’est ça ?
– Hum.
– Il a été retrouvé ligoté au réverbère, juste devant le bar.
– Quoi ?
– Attends la suite !
– Il était à moitié à poil… Il lui restait que son tee-shirt… Mais en lambeaux…
– Abrège, dis-lui la suite !
– Ben, il a été tabassé et…
– Et il s’est pris une bouteille dans le cul !
– C’est dégueulasse…
Le cerveau de Norma marque une pause. Elle entend le bruit que Marie fait avec sa paille… le bol de glaçons qu’Alexandra repose sur le plateau en verre de la table basse… il lui semble même qu’elle entend les mains de Chloé fendre l’air tandis qu’elle continue à parler.
– Vous me faites marcher.
– La vraie question, c’est quel genre de bouteille ? Quelle contenance ?
– Marie !
– T’es con !
– Hey les filles, arrêtez de rire !
– Je sais… c’est flippant. Il lui est arrivé exactement ce qu’on lui a souhaité.
– Tu crois que quelqu’un nous a entendues ?
– Et que ça l’a inspiré !
– C’est peut être juste une blague.
– De mauvais goût.
          Norma se rassure en se disant que oui, ce n’est qu’une mauvaise plaisanterie. Le videur a dû les entendre sur le trottoir et ça l’a fait marrer d’inventer cette histoire. Et puis c’est qui d’abord cette Mélanie ?

          Il y a des lieux qui portent pour toujours l’empreinte de quelqu’un.  C’est pour cette raison que Norma n’aime pas trop aller chez son père en ce moment. À chaque fois qu’elle traverse le hall d’entrée, elle revoit Jonathan, là où il se tenait la première fois qu’elle l’a rencontré.
          C’était au mariage de son père avec Carine, il y a presque deux ans.
           Ils possèdent une belle et grande demeure sur les hauteurs et c’est là qu’ils avaient organisé l’apéritif et le repas après la mairie.
           Norma n’était pas vraiment ravie d’être là. Sa mère lui avait laissé trois messages en pleurs sur son répondeur. Même après quatre ans de séparation, la nouvelle était un peu dure à encaisser. Alexandra était toute retournée et elle avait passé son temps à picoler, puis à vomir. D’ailleurs, en y réfléchissant, c’est à cette période-là que ses problèmes avec l’alcool ont commencé. En la matière, ça faisait déjà un moment que leur mère avait ouvert la voie…
          Norma promenait un regard maussade sur les magnifiques compositions florales, la fontaine de champagne et les robes en soie… quand elle l’a vu. Il se tenait sur les premières marches du grand escalier. Il avait une coupe à la main, l’air décontracté. Il parlait en souriant. Leurs regards se sont croisés et elle a su qu’elle était foutue, qu’elle ne s’en sortirait plus. 
          Elle a oublié de rappeler sa mère. Elle n’a pas tenu les cheveux d’Alexandra tandis que cette dernière gerbait dans les toilettes, à genoux sur le magnifique sol en marbre. Elle a perdu de vue Chloé qui, comme à son habitude, a dû enflammer la piste de danse ce soir-là. Et elle ne se souvient même plus les choses délicieuses qu’il y avait au menu.
          Elle n’avait d’yeux que pour lui.
          Et, quand au cœur de la nuit, il l’a embrassée en lui tenant la nuque…
– Tu viens au salon ? J’ai un truc à te montrer.
Le fantôme de Jonathan s’efface, ne flotte plus que son sourire, suspendu  dans l’air. «Comme le chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles».

          Elle suit son père en essayant de calmer sa respiration.
          Son portable sonne.
          C’est le flic au bout du fil, le même que la dernière fois. 
          Son père l’interroge d’un signe de tête silencieux, alors qu’elle parle toujours au téléphone. Elle le regarde en écarquillant les yeux, puis fronce les sourcils.
– Quoi ?…  Pourquoi ? J’ai rien à voir av… Écoutez, je comprends rien… Oui, très bien, je passe au commissariat cet après-midi.
Norma raccroche.
– Tu croiras jamais ce que ce flic vient de m’annoncer, le type qui m’a renversée en voiture…
– C’est ce que j’avais à te dire. Il y a une justice…
Et il jette sur la table basse l’édition du matin. Norma déchiffre le gros titre en première page, le nom fait tilt, ce nom qu’elle n’avait pas voulu retenir :

titre journal - episode 10

C’était le dernier épisode de la Saison 1 ! Si vous avez envie d’une 2e saison, dîtes-le en commentaire et partagez la série… Merci

 – Merci à Biba, Cosmopolitan, Voque, Lui et Grazia de m’avoir fourni la matière pour mon illustration –